Vous comprenez une série en version originale. Vous lisez sans peine un mail en anglais. Pourtant, dès qu’il faut prendre la parole devant un serveur à Lisbonne ou en visio avec un collègue de Munich, la gorge se serre et les mots s’envolent. Ce blocage a un nom : la xénoglossophobie, ou anxiété en langue étrangère. Un éclairage publié le 30 octobre par Femina, repris sur Yahoo, revient sur ce phénomène à partir des observations de Sofia Zambelli, responsable linguistique et impact social chez Babbel.
Le sujet dépasse largement l’apprentissage des langues. Il touche à la confiance en soi, au rapport à l’erreur et à la manière dont on se laisse, ou non, freiner par le regard des autres.
Plan de l'article
Une peur bien identifiée par la recherche #
L’idée n’est pas neuve. En 1986, la linguiste américaine Elaine Horwitz et ses collègues Michael Horwitz et Joann Cope ont publié dans The Modern Language Journal un article fondateur, « Foreign Language Classroom Anxiety ». Ils y décrivent une anxiété propre à la langue étrangère, distincte de l’anxiété générale : on peut être parfaitement à l’aise dans sa langue maternelle et se sentir paralysé dès qu’il faut s’exprimer dans une autre.
Cette anxiété combine trois craintes : la peur de mal communiquer, la peur d’être évalué et la peur d’être jugé par les autres. Les chercheurs ont proposé une échelle de mesure, toujours utilisée aujourd’hui dans les travaux sur le sujet.
Moins de ressources, moins de contrôle
Sofia Zambelli résume la difficulté ainsi : parler une langue étrangère, c’est disposer de moins de ressources que dans sa langue maternelle. On se sent moins précis, moins drôle, parfois moins soi-même. Pour un adulte habitué à maîtriser sa façon de s’exprimer, cette perte de contrôle est déstabilisante.
Le corps réagit alors comme face à une menace : cœur qui s’accélère, mains moites, joues qui rougissent. Le fameux trou de mémoire en est la manifestation la plus frappante. Une partie de l’attention est occupée à surveiller l’image que l’on renvoie, et il en reste moins pour chercher ses mots.
Combien de Français sont concernés ? #
D’après une étude Babbel de 2024 citée dans l’article, 23 % des Français disent ressentir de la peur ou du stress à l’idée de ne pas maîtriser la langue locale lorsqu’ils voyagent. La même étude indique que 29 % des voyageurs français ont déjà modifié ou annulé un voyage par crainte de ne pas maîtriser la langue du pays.
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Ces chiffres proviennent d’une entreprise qui vend des cours de langues : ils méritent d’être lus comme un ordre de grandeur plutôt que comme une mesure scientifique. Ils rejoignent toutefois un constat que beaucoup partagent : on comprend souvent bien plus qu’on n’ose dire.
L’héritage de l’école
Pour l’experte, le rapport scolaire aux langues joue un rôle. Beaucoup de Français ont appris l’anglais ou l’espagnol comme une matière notée, où l’erreur était sanctionnée, plutôt que comme un outil pour échanger. Elle s’appuie sur le classement international EF EPI de 2025 sur le niveau d’anglais, où les participants français obtiennent en expression orale des scores nettement inférieurs à leurs scores en compréhension écrite.
Le perfectionnisme aggrave le phénomène. Les apprenants anxieux se fixent des exigences très élevées, redoutent l’évaluation et se préoccupent beaucoup de leurs erreurs. Chaque prise de parole devient un examen. Quand on attend de soi une phrase parfaite, on finit souvent par ne rien dire.
Au travail, un frein discret #
Dans la vie professionnelle, l’impact est moins visible mais bien réel. On se tait dès que la réunion passe en anglais. On hésite à postuler à un poste avec une dimension internationale. On sous-estime son propre niveau. Un cercle vicieux s’installe : moins on pratique, moins on progresse, et plus la peur se renforce.
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C’est là que la question rejoint le développement personnel. Le blocage tient moins aux connaissances qu’au rapport à l’erreur, ce qui explique qu’il touche aussi des personnes ayant un bon niveau.
Sortir du blocage, une phrase à la fois #
La piste proposée ne consiste pas à se forcer à avoir confiance en soi, mais à multiplier les occasions de constater qu’on en est capable. Concrètement, cela passe par des objectifs très modestes : commander un café, saluer, se présenter. Chaque petite réussite construit la confiance qui permet d’aller plus loin.
Préparer quelques phrases de secours rassure aussi : « Pouvez-vous répéter plus lentement ? », « Comment dit-on… ? », « Je suis en train d’apprendre ». Elles permettent de garder la main sur l’échange même quand on bloque. S’entraîner à voix haute, s’enregistrer ou répéter des dialogues prépare le terrain avant la vraie conversation.
Changer de regard sur l’erreur
Le voyage peut servir de terrain d’entraînement : face à des inconnus que l’on ne reverra peut-être jamais, l’enjeu paraît moins lourd. Mais le ressort principal reste le même que pour toute prise de parole en public : accepter qu’une hésitation ou une faute fasse partie de l’apprentissage. Dans la grande majorité des cas, nos interlocuteurs retiennent l’effort bien plus que les fautes.
L’objectif n’est pas d’être parfait, mais d’être compris. Une règle qui vaut bien au-delà des langues étrangères.
Questions fréquentes #
Qu’est-ce que la xénoglossophobie ?
C’est l’anxiété ressentie au moment de s’exprimer dans une langue étrangère. Les chercheurs parlent d’anxiété en langue étrangère, un concept décrit en 1986 par Elaine Horwitz et ses collègues.
Faut-il un bon niveau pour en être épargné ?
Non. Cette peur touche aussi des personnes qui maîtrisent bien la langue, parce qu’elle tient surtout au rapport à l’erreur et à la crainte d’être jugé.




