Faire de l’improvisation théâtrale, de la méditation ou des jeux de société en classe ne transforme pas tous les adolescents. Mais une étude de l’Université de Genève montre que ces activités protègent les plus anxieux : leur confiance dans leurs propres capacités ne s’effrite pas au fil du trimestre.
- 292 élèves genevois de 15 ans et plus ont suivi neuf séances hebdomadaires d’improvisation, de pleine conscience ou de jeux sur les émotions.
- Un quatrième groupe suivait un cours de recherche d’emploi sur ordinateur, sans contenu émotionnel : c’est lui qui a décroché.
- Seule l’improvisation a fait progresser l’empathie et l’envie de collaborer, quel que soit le niveau d’anxiété.
Plan de l'article
Qu’a testé l’équipe de l’Université de Genève ? #
L’étude est dirigée par Nathalie Mella, chargée de cours à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation, et David Sander, du Centre interfacultaire en sciences affectives. Elle a été menée avec UniDistance Suisse, l’Université de Fribourg et les Hôpitaux universitaires de Genève.
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Les chercheurs ont travaillé dans trois établissements genevois du secondaire supérieur et de la préqualification professionnelle. Pendant neuf semaines, à raison d’une séance de 90 minutes par semaine, les élèves ont été répartis entre trois activités ludiques et un groupe de comparaison.
Ce groupe témoin ne restait pas inactif : il suivait un cours de bureautique consacré à la recherche d’emploi. C’est ce qui rend la comparaison intéressante. On ne mesure pas l’effet d’« avoir une activité », mais celui d’une activité qui fait travailler les émotions et la relation aux autres.
Les résultats sont publiés dans la revue Social and Emotional Learning: Research, Practice, and Policy, et la notice est consultable sur l’archive ouverte de l’UNIGE.
Pourquoi parler d’effet protecteur plutôt que de progrès ? #
Le point le plus honnête de l’étude, c’est qu’elle ne promet pas de miracle. Sur l’ensemble des élèves, les compétences sociales et émotionnelles n’ont pas fait de bond spectaculaire.
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Le contraste apparaît quand on regarde les élèves qui arrivaient avec une anxiété modérée à élevée, soit environ un sur trois au départ, selon le communiqué de l’Université de Genève. Dans le groupe témoin, leurs difficultés émotionnelles et comportementales ont augmenté, et leur sentiment d’efficacité personnelle a reculé.
Dans les trois groupes ludiques, au contraire, ces indicateurs sont restés stables. Autrement dit, l’activité n’a pas forcément fait grimper les élèves vulnérables : elle les a empêchés de glisser. Pour un adolescent anxieux, en pleine année scolaire, ce n’est pas rien.
Qu’apporte chaque activité ? #
La pleine conscience, un léger mieux chez les plus anxieux
La méditation de pleine conscience est la seule à avoir produit une petite baisse des difficultés émotionnelles et relationnelles chez les élèves les plus anxieux. L’effet reste modeste, et les chercheurs le présentent comme tel.
L’improvisation, la seule à faire progresser la relation aux autres
L’improvisation théâtrale est la seule activité qui a amélioré deux compétences tournées vers les autres : l’empathie cognitive, c’est-à-dire la capacité à comprendre ce que l’autre pense ou ressent, et la volonté de collaborer. Et cela vaut pour tous les élèves, anxieux ou non.
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C’est aussi l’activité que les élèves ont le plus appréciée. On comprend pourquoi : improviser oblige à écouter, à accepter la proposition de l’autre et à rebondir sans savoir où l’on va. C’est un entraînement à l’imprévu, dans un cadre où se tromper ne coûte rien.
Les jeux de société, un filet de sécurité
Les jeux de société centrés sur les émotions ont, comme les deux autres activités, maintenu la stabilité des élèves anxieux. Ils ne se distinguent pas sur l’empathie, mais ils restent l’option la plus simple à installer dans une classe.
Que peut en retenir un adulte qui travaille sa confiance en soi ? #
L’étude porte sur des adolescents, et il faut se garder de transposer ses résultats tels quels. Elle éclaire pourtant une idée que l’on retrouve souvent en développement personnel : la confiance ne se construit pas seulement en se parlant à soi-même, mais en se confrontant aux autres dans un cadre sûr.
L’improvisation en est l’exemple le plus parlant. Monter sur scène sans texte, c’est accepter de ne pas tout maîtriser. C’est précisément ce lâcher-prise que l’on travaille quand on redoute de parler devant un groupe.
Le deuxième enseignement est plus discret : la régularité. Ce sont neuf séances, une par semaine, pas un stage d’un week-end. Un petit rendez-vous tenu dans la durée semble plus utile qu’une grande résolution.
Le troisième touche à ce que l’on attend d’une pratique. Si vous traversez une période d’anxiété, une activité qui vous évite de perdre pied est déjà une réussite, même si elle ne vous rend pas plus fort du jour au lendemain. Si l’anxiété devient envahissante, en parler à un médecin ou à un psychologue reste la première étape.
Et la suite ? #
Nathalie Mella est revenue sur ces travaux le 26 octobre dans l’émission Tribu de la RTS. Avec le soutien du Fonds national suisse, l’équipe lance une nouvelle étude sur l’improvisation théâtrale auprès d’élèves issus de la migration.
Questions fréquentes #
Combien d’élèves ont participé à l’étude ?
La notice scientifique fait état de 292 élèves, âgés de 15 ans et plus, scolarisés dans trois établissements de Genève.
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L’improvisation rend-elle les adolescents moins anxieux ?
Pas directement. Elle a surtout amélioré l’empathie et la collaboration. Chez les élèves anxieux, ses effets protecteurs sont comparables à ceux de la méditation et des jeux.
Ces résultats valent-ils pour les adultes ?
L’étude ne porte que sur des adolescents. Elle donne des pistes, comme la régularité et le travail en groupe, mais ne prouve rien pour les adultes.




